Voie cyclable rue Querbes : entre bonnes intentions et réalités du terrain
Deux citoyennes demandent notre intervention après la relocalisation de leur espace de stationnement pour personnes handicapées vers un endroit jugé inapproprié, lors du réaménagement de la piste cyclable de l’avenue Querbes. L’enquête met en lumière des enjeux d’accessibilité universelle : il ne semble pas possible de relocaliser les stationnements réservés à une distance raisonnable et aucun débarcadère pour personne handicapée n’est aménageable sur plus de 1,3 km du côté est de la rue, une contrainte majeure pour les personnes à mobilité réduite.
La longueur excessive des tronçons entre les intersections – souvent plus de 200 mètres – est aussi identifiée comme un problème. Elle accentue la pratique de traverser la rue Querbes entre les intersections, phénomène aggravé par le retrait du stationnement du côté est. La seule solution envisagée, soit un passage pour piétons à mi-bloc, s’avère impossible à réaliser.
Cette situation se heurte aux engagements de la Ville de Montréal prévus dans la Charte montréalaise des droits et responsabilités afin de favoriser l’accessibilité universelle et aménager son territoire de manière sécuritaire. Nous estimons qu’une réflexion plus approfondie aurait dû être menée dès la conception du projet afin d’y intégrer, en amont, des solutions à ces enjeux importants.
Notre enquête révèle d’ailleurs des lacunes dans la conception du projet :
- Aucune étude complète de mobilité n’a été réalisée avant l’implantation de l’aménagement, malgré les contraintes du quartier : forte densité, rues étroites, circulation complexe. Cette étude aurait permis d’évaluer différents scénarios, afin de minimiser les impacts sur les résidents.
- La démarche de participation publique est par ailleurs insuffisante, dans un milieu où plusieurs facteurs de vulnérabilité sont présents, comme Parc-Extension. Une consultation plus approfondie aurait permis d’intégrer les besoins réels des citoyens et de réduire la polarisation observée après l’implantation du projet.
Nous formulons trois recommandations :
- Faire une étude de mobilité indépendante complète du secteur (circulation, déplacements, sens des rues, stationnement, démographie et impacts sur la population) et évaluer différents scénarios permettant d’augmenter la flexibilité de l’aménagement en matière d’accessibilité universelle.
- Adapter l’aménagement actuel en fonction de l’étude de mobilité, le cas échéant.
- Développer pour les futurs projets impactant aussi directement la population de Parc-Extension et autres quartiers à risque, une démarche de participation pour que la population locale puisse énoncer ses besoins et que ceux-ci soient considérés dans les aménagements futurs.
L’arrondissement a refusé les recommandations 1 et 2, considérant que ses analyses internes étaient suffisantes. Il a cependant accepté la recommandation 3 et s’est engagé à améliorer la participation citoyenne, notamment dans un projet prévu en 2026.
Il importe de souligner que l’Ombudsman de Montréal reconnaît pleinement la pertinence des voies cyclables, en particulier pour desservir Parc-Extension. Toutefois, les enjeux d’accessibilité universelle mis en lumière dans ce dossier demeurent difficiles à résoudre. Ils reflètent, selon nous, certaines limites de la planification initiale, d’où les recommandations formulées dans ce dossier.